Au cours des 30 dernières années, de nombreux experts ont prouvé que les émotions jouaient un rôle-clé dans le processus d’apprentissage. Il ne suffit pas de connaître les éléments cognitifs essentiels aux apprenants pour pouvoir améliorer les modèles d’apprentissage (Pekrun 2014). Mary Helen Immordino-Yang, experte au sein du Brain and Creativity Institute de l’université de Californie du Sud, a prouvé que les réactions émotionnelles intervenaient avant la compréhension consciente et jouaient un rôle clé dans la rétention et l’application des informations apprises.

Compte tenu de l’importance des émotions dans le cadre du processus d’apprentissage, il est donc nécessaire de prendre en compte les particularités émotionnelles de chaque individu. En d’autres termes, ce qu’un apprenant n’appréciera pas forcément sera peut-être une expérience positive pour un autre, et vice versa. De même, certains échoueront, mais d’autres réussiront sans encombre. Malheureusement, nous sommes souvent contraints de travailler sur des sujets qui peuvent créer en nous des émotions négatives (comme par exemple se sentir dépassé en apprenant de nouvelles compétences).

Compte tenu de la diversité des émotions qui peuvent survenir au cours du processus d’apprentissage, il est logique de se demander si la nature de l’émotion qui nous guide (la joie, la peur, etc.) a vraiment une importance cruciale. C’est pour cela que les formations reposent sur un critère universel qui n’a aucunement trait aux émotions : les objectifs. Selon la théorie constructiviste, l’acquisition des connaissances est un processus individuel et internalisé (Chomsky 1979). Comment serait-il alors possible d’offrir une expérience de formation optimale à chaque apprenant ?

Pour répondre à cette question, penchons-nous d’abord sur les forces des émotions à l’ère du digital. Comme de nombreux films le montrent (Blade Runner, Matrix, Her, Chappie, etc.), ce sont les émotions qui nous rendent humains et nous différencient des machines que nous utilisons. Mais avant tout, ce sont les émotions qui nous permettent de nous impliquer et de nous motiver. On peut résumer cet aspect ainsi : émotion > pensée > action (Darling-Hammond 2003). Dans le même temps, il est possible de créer des émotions positives dans le cadre des formations pour motiver les apprenants, notamment à l’aide des stratégies suivantes : stimuler l’intérêt de l’individu pour un sujet, lui montrer qu’il peut atteindre les objectifs fixés, décourager la concurrence entre les apprenants et utiliser des exemples concrets. Toutes ces méthodes contribueront à améliorer le taux de réussite de la formation.

Comme nous l’avons vu, les émotions positives peuvent être un facteur de motivation. Mais qu’en est-il de leur incidence sur la réussite des apprenants ? L’intelligence émotionnelle (ou « EI »), qui joue également un rôle clé dans la formation, désigne la capacité à gérer les émotions et les relations. Il a été prouvé que cette intelligence influe directement sur notre réussite (Goleman 2004). D’autres travaux de recherche suggèrent par ailleurs que l’intelligence émotionnelle représente 90 % des éléments qui nous distinguent des autres, devant le QI et les compétences techniques ; elle contribue donc à la réussite professionnelle (Wilcox 2015). Si vous avez réussi quelque chose après avoir reçu les conseils d’un coach d’entreprise ou des encouragements de la part de votre manager, vous savez ce qu’est l’intelligence émotionnelle. Il est donc essentiel de créer une expérience de formation positive pour les apprenants !

Parlons maintenant des émotions qui nous permettent de mettre nos échecs en perspective pour progresser (Dailey-Hebert 2015). Si nous avons exclusivement parlé des émotions positives jusqu’à maintenant, cela ne veut pas dire qu’elles seules rendent l’expérience de formation agréable. De plus, certaines émotions positives peuvent même nous distraire et nous faire oublier les objectifs à atteindre (exemple : rêver du week-end qui approche). Par opposition, les émotions négatives peuvent nous pousser à apprendre (par exemple en surmontant notre trac avant de faire un discours devant toute l’entreprise).

Dans cette synthèse, nous avons démontré l’importance des émotions dans notre expérience en tant qu’êtres humains, leur universalité et leur caractère unique, le rôle des émotions dans notre réussite, et enfin l’influence négative ou positive des émotions dans la formation. Retrouvez ce principe pédagogique dans notre guide dédié, en téléchargement gratuit à cette adresse.

Cet article a été écrit par Sophie Legrandois, Lawrence Myers et Yannick Cordemy.